Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le blog de Fabrice CHAUDIER

Le blog de Fabrice CHAUDIER

Vins, commerce & marketing - nemesis-fc.fr


Pénurie or not pénurie : la polémique

Publié par Fabrice CHAUDIER sur 12 Novembre 2013, 16:41pm

La publication de la note confidentielle de Morgan Stanley (voir article "pénurie" ci-dessous) déchaine les passions sur la toile : comme quoi, le poids de cette banque dépasse de loin, hélas, l'impact des publications de l'OIV auxquelles elle se réfère.

Voici un exemple du débat engagé avec le point de vue "anti-pénurie" de Felix Simon pour l'agence Reuters :

"Il n'y a pas de pénurie mondiale de vin

Avez-vous entendu parler de la pénurie mondiale de vin? Bien sûr que oui : elle a été couverte à peu près dans tous les médias imaginables, mais l’article de Roberto Ferdman pour Quartz («Une pénurie mondiale de vin pourrait bientôt nous tomber dessus») était l'un des premiers, et aussi l'un des plus détaillé. Pourtant, c'était l'article « source unique » par excellence : il se base essentiellement sur un rapport de Morgan Stanley, reproduit un tas de cartes clés, et a ajouté un titre clickbaity (pour provoquer un clic). Les tableaux racontent une histoire assez claire, en particulier celui-ci :

Pénurie or not pénurie : la polémique

Ainsi, l’effrayant graphique ci-dessus l’est réellement bien plus que celui-ci, peaufiné un peu:

Pénurie or not pénurie : la polémique

Pour créer le premier graphique, Morgan Stanley a juste pris le deuxième puis ajouté 300 millions de caisses à la ligne rouge, et ensuite - ce qui est assez malin - simplement supprimé 2013, de sorte que la remontée de la fin de période disparaît. Le nombre de 300 millions est l'estimation de Morgan Stanley de la demande annuelle de « non-wine use », l’utilisation du vin à d’autres fins - alcools, vinaigres (note de traduction).
Bien que le premier tableau soit plus effrayant que le deuxième, celui-ci reste très « appât » pour consulter la note source en bas de la page. Les chiffres des tableaux proviennent de l'OIV, l'Organisation Internationale de la Vigne et du Vin, y compris l'estimation pour 2012 la production et la consommation. Mais l'estimation 2013, montrant une augmentation modeste de la production, n'est pas de l'OIV mais de Morgan Stanley. Et ce que Morgan Stanley ne vous dit pas, c'est que l'estimation OIV pour 2013 est beaucoup plus élevée. Voici les tableaux OIV:

Pénurie or not pénurie : la polémique

Ces cartes sont moins lisses, mais sont en réalité beaucoup plus utiles. (Elles sont aussi exprimées en unités différentes de celle des graphiques de Morgan: ils sont évalués en millions d'hectolitres, soit 100 millions de litres tandis que Morgan Stanley utilise le million de caisses soit 9 millions de litres Ainsi, lorsque Morgan Stanley affirme que les « non-wine use » pèsent 300 millions de caisses, cela correspond à environ 33 millions d'hectolitres).
D’autre part, les cartes OIV tracent des lignes droites entre des points, au lieu de les transformer en courbes élégantes qui font que la tendance semble continue. La tendance n'est pas continue : ce sont des chiffres annuels par millésime, et chaque millésime est un événement distinct, unique. Tout ceci, qui plus est, alors que la quantité de vin qui sera consommée et produite en 2013 ne sont pas encore définitives. L’OIV donne donc une fourchette, tout en étant raisonnablement certaine que la production de vin va augmenter considérablement cette année, quelque part entre 7,1% et 10,5%. Morgan Stanley, en revanche, ne donne aucune prévision du tout, pour la simple qu’elle est beaucoup plus faible que celle de l’OIV ; en effet , nulle part dans le rapport de Morgan Stanley sa prévision 2013 n’est quantifiée.

Additionnez le tout et l'OIV conclut en fait, très explicitement, que la différence production - consommation sera « plus élevée que les besoins industriels estimés » en 2013, pour la première fois depuis 2007. En d'autres termes, loin d'entrer dans une période de pénurie mondiale de vin, il semble plutôt que la période de pénurie 2008-2012 prenne effectivement fin.
Cette pénurie mondiale de vin, n'est alors tout simplement pas réelle. Ne me croyez pas: demandez aux acteurs du commerce du vin. Stacy Finz du San Francisco Chronicle a questionné un tas de types de l'industrie sur le rapport de Morgan Stanley et aucun d'eux ne l'a pris au sérieux ; Victoria Moore du Telegraph, a mené une opération similaire en Europe, et est parvenue à la même conclusion.

Mes contacts vinificateurs ont tordu le nez face à ces informations paniquantes, immédiates : « Dites-leur de venir au Languedoc s'ils sont inquiets », dit l'un. «Je pense que je peux les aider.

Un autre a noté qu'il est encore possible d'acheter des hectares de bons vignobles dans certaines parties de la France et de l'Espagne pour moins que le coût de plantation d'un seul. En d'autres termes, le prix de certains vins est toujours inférieur à son coût réel de production, une indication que l'équilibre entre l'offre et la demande toujours favorise les demandeurs et non les fournisseurs.

Le rapport de Morgan Stanley dresse le portrait d'une tendance à long terme, séculaire, de la baisse des surfaces de vigne qui est reliée directement à une tendance séculaire à la hausse à long terme de la demande mondiale pour le vin. Mais la réalité est plus complexe que cela : grâce à une combinaison de technologie et le réchauffement climatique, un arpent de vigne peut produire de manière fiable plus de vin et de meilleure qualité qu'il ne l’a jamais fait dans les années 1970. Et bien sûr, si la demande en vin commence à dépasser vraiment constamment l'offre, alors il n'y a aucune raison pour que la surface de vignes ne cesse de diminuer et commence à recroître.

Mais peu importe tout cela: le rapport de Morgan Stanley a des chiffres et des graphiques, et les journalistes ont beaucoup de mal à être sceptique face à de telles choses. Même l'article de Finz dans le Chronicle, qui douche judicieusement le rapport, se termine par « le vin expliqué par les chiffres », encadré qui reproduit simplement l'ensemble des chiffres erronés de Morgan Stanley (...).

Comme les analystes le savent depuis bien longtemps (...), la meilleure façon de faire des vagues est de sortir avec un gros titre digne d’une thèse. Morgan Stanley a fait exactement cela avec ce rapport et je suis sûr, a réussi au-delà de leurs rêves les plus fous. Je suis sûr aussi qu'ils ont célébré leur coup toute la semaine - probablement avec du vin mousseux !"

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents