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Le blog de Fabrice CHAUDIER

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Vins, commerce & marketing - nemesis-fc.fr


Pénurie or not pénurie : qui a raison ?

Publié par Fabrice CHAUDIER sur 12 Novembre 2013, 17:54pm

Cette incroyable polémique montre à quel point il est facile de manipuler les statistiques et surtout combien l'OIV n'est ni lu ni écouté dans la sphère médiatique comme par les politiques ou les acteurs des filières viticoles. Attention aux chiffres donc : il ne s’agit pas d’imposer une lecture stricte et à la virgule près des statistiques. Leur marge d’erreur conduit à regarder les tendances et leur évolution dans le temps.Un chiffre hors de son contexte et isolé ne veut rien dire.Pour lui donner sens, s’inscrire grâce à lui dans la réalité, il faut donc s’obliger à une lecture régulière des mêmes indicateurs et à les étudier dans la durée.

Il est aussi indispensable quand un support publie des données de savoir qui s'exprime, quel filtre il peut donner aux faits, quels sont ses intérêts : Morgan Stanley donne pour la 1ère fois écho à ses études sur le marché du vin, pour la seule raison qu'elle veut inciter ses clients à investir dans l'achat de terres, d'actions d'entreprises de cette filière. Agiter de façon assez grossière le chiffon rouge de la pénurie revient à mener une sorte de campagne publicitaire sous couvert scientifique ; cette pratique est quotidienne et si elle peut paraître peu morale, il semble étrange de ne s'en offusquer qu'à propos du vin.

Felix Salmon est un blogueur lié à l'agence Reuters : c'est un journaliste financier célèbre, d'origine écossaise, reconnu et récompensé qui s'est fait une spécialité de décrypter les statistiques et d'ainsi démonter les mécanismes des grosses institutions ; il a eu le mérite de dénoncer avant la crise des pratiques qui l'ont provoqué. Mais, il ne connaît pas le vin et si ses remarques sont judicieuses, elles paraissent un contre-feu à la toute puissance de Morgan Stanley propre à asseoir sa réputation de "chevalier blanc".

Mais alors, où est la vérité ?

Voici d'abord les tableaux de l'OIV, non ceux de la note de conjoncture d'octobre 2013 qui a tout déclenché, mais de l'analyse annuelle. Pourquoi ce choix ? Parce que les statistiques de l'OIV sont "mouvantes" en cours d'année, passant de multiples prévisions à des chiffres définitifs que 12 voir 24 mois après : en effet, elles se basent sur des recoupement de statistiques nationales, parfois de simples données déclaratives (pour rappel, La Chine et les États-Unis ne sont pas membres de l'OIV). Cet exercice délicat explique de possibles variations et renforce mon préambule sur la prééminence de la tendance sur le chiffre nu.

Pour comparer ces tableaux à ceux de Morgan Stanley et à ceux présentés par Felix Salmon et la note de conjoncture de l'OIV, j'ai rajouté la dernière prévision pour 2013, année soulignons-le qui n'est même pas finie !

Pénurie or not pénurie : qui a raison ?
Pénurie or not pénurie : qui a raison ?
Pénurie or not pénurie : qui a raison ?

Place maintenant à l'analyse mais vous pouvez aussi vous arrêter de lire et vous faire votre propre opinion basée sur ces données.

Sur le dernier tableau, on lit l'écart entre production et consommation de vin ; il semble aisé de constater une sur production chronique mais la ligne orangée marque le passage sous les +30 millions d'hectolitres : en fait ce chiffre représente le besoin en vin pour produire alcools et vinaire (le "non-wine use" de Felix Salmon).

Elle symbolise donc le point d’équilibre du marché. Depuis le début des années 2001, on assiste à une tendance à la sous production puisque en 13 campagnes, 11 sont déficitaires. Certes, ce n'est pas le cas de 2013 mais ce millésime ne change ni la tendance lourde ni le total depuis 2001 : sur la période il manque 57 millions d'hectolitres pour équilibrer "offre" et "demande".

Il faut lire les conclusions de l'OIV : celle de mars 2013 dit "en 2012, le niveau de production mondiale très faible confronté à celui (…) croissant de la consommation mondiale, conduit à une tension globalement forte sur le marché mondial car il s’agit de la troisième année consécutive où, en milieu de fourchette d’estimation, le volume disponible pour approvisionner les usages industriels, (alcools d’origine viti-vinicoles, vinaigres et vermouths) est inférieur aux besoins mondiaux qui sont estimés autour de 30 Mhl.

Cet état de réduction de l’offre a entrainé des concurrences sur les marchés à la production en début de campagne entre l’approvisionnement des flux vinicoles destinés à une commercialisation en l’état notamment en vrac, et les usages industriels dans certains pays, les stocks notamment d’alcools viniques se situant à un niveau bas consécutivement à la succession de productions modestes depuis 2007."

Celle d'octobre 2013 : "l’écart « production-consommation » devrait, en 2013, se situer à un niveau à nouveau supérieur pour la première fois depuis 2007 aux besoins estimés
des usages industriels, niveau nettement supérieur en milieu de fourchette d’estimation (avec 35,7 Mhl) à celui provisoire de 2012 (15,2 Mhl)" puis confirme : "les faibles volumes de production de 2012 ont pu tarir certains courants d’approvisionnement en vins rendant difficile dès 2013 un retour de la croissance de la consommation, tel qu’il était entrevu par la tendance constatée entre 2010 et 2011." De plus, depuis 2012, la croissance des exportations est freinées par le manque de disponibilités volume.

Le vin n’est plus un produit alimentaire qui, comme le blé, subit les aléas climatiques, les soubresauts de la production agricole. Le vin est un plaisir, un bien culturel qui concurrence, à travers les repas entre amis, la convivialité, le théâtre ou le cinéma. En temps de crise, ces produits accessibles restent des valeurs refuges. Mais leur absence, leur manque ne posent pas de problème, ne tendent pas le marché.

Au niveau français et je finirai par cela, France Agrimer a lancé une alerte :

Pénurie or not pénurie : qui a raison ?

"Les disponibilités estimées pour la prochaine campagne seront de 74 millions d'hectolitres, largement en deçà de la moyenne quinquennale qui s'établit à 81 millions d'hl" La récolte 2013, estimée à 45,4 millions d'hl, et des stocks en chute expliquent cette offre française exceptionnellement faible. Les stocks se sont drastiquement réduits à la propriété, accusant un retrait global de 14%. Ceux au négoce sont quasi stables, en retrait tout de même de 3%.

N'en déplaise à M. Salmon et sans tomber dans la manipulation de Morgan Stanley, la pénurie guette ou du moins, le manque de volumes disponibles peut inquiéter les filières : quand la France produit peu alors que l'Espagne ou l'Italie engrangent les hectolitres (+166 millions d'hl pour 2013 en Europe), elle perd automatiquement des parts de marché sur un marché croissant et peu fourni.

Le message de "pénurie or not pénurie" importe peu au final mais le volume et c'est là un fait capital, redevient une arme de conquête des marchés, un critère incontournable de compétitivité mondiale comme le souligne chaque étude des exportateurs de France Agrimer.

Alors... quel est votre point de vue ?

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