Mardi 5 juillet 2011 2 05 /07 /Juil /2011 16:40

Les négociants bordelais, grands commerçants depuis des siècles, savent soigner leurs clients. C'est désormais au tour des Chinois d'être l'objet de toutes les attentions. Devenus en quelques années les premiers importateurs de bouteilles girondines, ils étaient les rois de la fête à Vinexpo, la semaine dernière. Signe des temps, pour la première fois, le menu de la très mondialisée Fête de la fleur - qui clôture le salon - était traduit en anglais et en mandarin. De quoi faire crépiter encore plus les flashs des centaines de Chinois invités.


Expert des marchés asiatiques, le Parisien Francis Brouillard tire la sonnette d'alarme. « Importateur installé au Japon pendant quatorze ans - de 1990 à 2003 -, j'y ai vu la création d'une bulle similaire dans les années 1990. Avec un pic en 1997, le Japon a triplé, en dix ans, ses importations de vins français. Avec la crise économique touchant le pays, l'élan a été stoppé net, avec en corollaire le dégonflement spectaculaire du marché des vins. Depuis, il ne s'en est jamais remis », note celui qui a créé en 2000 sa propre société, VinoFood Asia.

La « sino-dépendance » de la viticulture bordelaise commence à interpeller les professionnels locaux, tout en agaçant de plus en plus nombre de clients historiques. Mais c'est peut-être la vie du commerce… Vu des quais de la Garonne, ce tropisme asiatique est d'autant plus fort (et salvateur !) que ces mêmes clients traditionnels (États-Unis, Grande-Bretagne…) sont en panne sèche depuis presque trois ans et la crise financière venue des États-Unis à l'automne 2008. Et ce même si les chiffres commencent à frémir depuis quelques mois.

« Tout le monde veut vendre à Hong Kong et en Chine. Là-bas, les grands vins, signe de réussite sociale, finissent en cadeau ou dans les caves des patrons. Du coup, depuis deux ans, une grosse bulle s'y forme. Je ne suis pas sûr que beaucoup de bouteilles s'y boivent », rappelle Francis Brouillard, qui a déménagé sa société à Hong Kong en 2005. Depuis cette ville-monde, plaque tournante viticole de l'Asie, il est également plus pratique de se rendre dans les 11 pays de la zone où il vend du vin.


Connaître la distribution

« Dans la presse financière chinoise, j'ai lu récemment un article très explicite. En tête des meilleurs investissements actuels, tous secteurs d'activité confondus, il ne plaçait ni l'or, ni le pétrole, ni telle ou telle Bourse, mais les grands vins de Bordeaux ! Démonstration à l'appui, avec chiffres des culbutes rapides et de l'argent plutôt facile. Une bouteille des 50 plus grands noms bordelais ne fait que prendre de la valeur actuellement. C'est de la spéculation pure et simple », regrette ce professionnel, pour qui les vins girondins représentent un tiers de son business total.

« Quand on connaît le côté opportuniste et joueur du commerçant chinois… Il n'y a pas de raison que cette bulle ne gonfle pas pendant quelques années encore, au fur et à mesure que cette économie en plein boom enfante des millionnaires qui acquièrent à prix d'or le savoir-vivre à la française », ajoute notre interlocuteur. D'autant que les professionnels chinois commencent à entrer dans le jeu des achats en primeur. Cela devrait s'amplifier cette semaine avec la sortie des prix attendue pour les plus grands châteaux sur le millésime 2010.

« L'autre grand danger de l'essor supersonique du marché chinois est dans la distribution des vins, incontrôlée et opaque. Où vont-ils ? Qui les boit ? En parallèle, la Chine plante beaucoup et produira demain les vins d'entrée de gamme, dont elle a besoin. Ne nous berçons pas d'illusions sur ce créneau », pointe Francis Brouillard, qui, décidément, se veut prudent.

Par Fabrice CHAUDIER
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Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 11:13

Si Bordeaux présente des chiffres export 2010 flatteurs et si cette tendance se confirme en 2011, la situation reste plus nuancé, la Chine et l'Asie restant des arbres qui cachent la forêt :

- Bordeaux progresse de 8% à l'international dans un marché qui lui augmente de 7,5% ce qui représente bien une sur performance ;

- sa part de marché repart à 1,91% contre 1,79% en 2009 (plus bas historique) mais elle demeure loin de son niveau de 2001 (3,06%) ;

- surtout la situation n'est bonne qu'en Asie :

2010.jpg

 

Image3-copie-2.jpg

La réalité pourrait même tourner au drame si on tient compte des deux risques majeurs du marché chinois :

- du fait de son absence de visibilité, voir même de réalité (tous les vins importés sont-ils consommés ?), le pays ne présente aucune garantie quant à la poursuite de sa croissance. La Chine a aussi planté un vaste vignoble évalué comme le 5 ou 6ème plus important au monde ; que se passera-t-il le jour où il donnera son rendement optimum ?

- une bulle spéculative semble se créer : les grands crus s'envolent, les châteaux sont chassés à tous les prix et à tout prix ; n'oublions pas que le phénomène s'est déjà produit en 1997/98, sur une période plus courte, et a conduit à un brutal retour sur terre pour Bordeaux.

 

Il convient aussi de souligner que Bordeaux délaisse des marchés porteurs, construits, balisés (Europe, Etats-Unis) au profit de pays peu surs et illisibles à long terme.

 

Enfin, les performances totales (France + export) montrent une réelle faiblesse de Bordeaux sur son marché intérieur : avec 5,06 millions d'hectolitres vendus en 2010, la zone se trouve loin de sesn chiffres passés (5,75 millions en 2007), de sa capacité réelle de production (6,6 millions) et surtout de son potentiel marché (près de 3 millions à l'export et près de 4 millions en France) !

Image4-copie-2.jpg

Par Fabrice CHAUDIER
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Vendredi 3 juin 2011 5 03 /06 /Juin /2011 15:24

Selon la fédération nationale des SAFER, en 2010, le marché foncier viticole a compté 8 800 transactions (+1% par rapport à 2009) pour 14 100 ha (+1%) et 515 millions d’euros (-9%).

 

Cette baisse globale en valeur s’explique principalement par le recul du marché bordelais des biens bâtis (-50%), et des marchés rhodanien-provençal (-23%) et champenois (-13%) des biens non bâtis. Le marché de l’ensemble Bourgogne-Beaujolais-Savoie-Jura progresse nettement en valeur, en particulier le marché des biens bâtis (+70%). Le marché est également en progression dans le Sud-Ouest et en Alsace-Est. Le marché Charentes-Cognac est en diminution de 13% en valeur, mais se stabilise en surface. En Val de Loire – Centre, les surfaces sont en baisse. Le Languedoc-Roussillon est stable.

 

Le prix moyen des vignes VQPRD s’établit à 95200 €/ha, en hausse de 2,2%. Il oscille de 11 200 € en Languedoc-Roussillon à 868 300 € en Champagne. La Corse connaît une hausse de prix moyen à l’hectare de 24%, encore supérieure à celle observée en 2009. Le bassin Bordeaux-Aquitaine repart nettement à la hausse (+4,7%). Les autres régions connaissent aussi des hausses, quoiqu’ inférieures à 2009. En Val de Loire, les prix sont en baisse de 2,8%, tandis que dans le Sud-Ouest, la baisse de l’année dernière s’est arrêtée. Le prix des vignes à eaux-de-vie d’AOP atteint 27 700 €/ha (+4,2%) ; cette hausse concerne surtout le Cognac, puisqu’en Armagnac le prix des vignes recule de 4,3% à 11 000€/ha.

 

Les valeurs moyennes en euros courants sont les suivantes :

Champagne

868 300

Alsace

134 500

Bourgogne-Beaujolais-Jura-Savoie

116 500

Bordeaux-Aquitaine

69 200

Vallée du Rhône - Provence

34 300

Val de Loire – Centre

23 900

Corse

15 600

Sud-Ouest

12 800

Languedoc-Roussillon

11 200

Source : Safer – SSP – Terres d’Europe – Scafr.

 

Pour les vins de consommation courante (vins de pays et de table), le prix de l’hectare stagne à10 600 €/ha, son plus bas niveau depuis 1998. Le prix moyen connaît une légère hausse en Languedoc-Roussillon (+1,7%), mais reste stable ou poursuit son recul dans les autres régions (-3,6% dans le Sud-Ouest et –2,3% en vallée du Rhône et Provence).

 

Le nombre d’années nécessaires pour rentabiliser un hectare de vigne VQPRD est de 17 ans, et 6 ans pour les vins de consommation courante. (Ces chiffres sont calculés en divisant le prix de l’hectare par la valeur ajoutée qui en est retirée annuellement.)

Par Fabrice CHAUDIER
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Lundi 23 mai 2011 1 23 /05 /Mai /2011 17:18

« La vieille machine du commerce traditionnel Bordelais est grippée. Il fallait agir. Si vous saviez le nombre d'affaires n'aboutissant pas parce que des acheteurs potentiels n'identifient pas les bons interlocuteurs dans notre vaste vignoble ! » Fabrice Chaudier, fondateur il y a dix ans de Némésis, société de conseil en marketing et commercialisation de vin, est « l'activateur de particules » du GIE Vignerons d'Aquitaine. Un groupement d'intérêt économique créé il y a un an et réunissant 30 vignerons et deux coopératives. Tous girondins, ils sont essentiellement situés dans le vaste vignoble de l'Entre-deux-Mers, celui qui souffre le plus de la sévère crise du vrac qui plombe les portefeuilles ces dernières années.

 

Dans un monde viticole où le professionnel se retrouve souvent seul confronté aux soucis et aux stratégies à suivre, la création de GIE est une alternative connue, à condition de bien s'entendre. Ici, la démarche est d'ampleur et originale. « Chacun d'entre nous avait régulièrement des demandes de clients impossibles à satisfaire : quantités trop importantes, couleur ou niveau de prix indisponibles… En toute transparence, ces informations circulent désormais entre nos membres, qui deviennent les uns pour les autres des apporteurs d'affaires », précise Renaud Jean, animateur de la structure et vigneron dans le Sud-Gironde.

 

GIE-Membres.jpg

Quatre membres du GIE (de g. à d.), Jean-Christophe Crachereau, Fabrice Chaudier, Renaud Jean et Daniel Sanfourche. Ph. F. cottereau

 

Sans se vouloir concurrent du négoce traditionnel, le GIE dispose maintenant d'un catalogue avec une soixantaine de vins dans trois catégories : entrée de gamme (3,5 à 4,50 € TTC la bouteille), coup de cœur (5 à 6 euros) et grands vins (7 euros et plus). Via ce système d'entraide, chaque producteur y a mis ses références disponibles. En un coup d'œil, tout vigneron peut ainsi informer un contact commercial.

 

Prospection à Londres

« Autant de ventes qui auraient pu être perdues. Grâce à cette aventure humaine, j'ai réalisé ma première expédition à l'export et une première animation en grande surface, au Leclerc de Langon, où des vins du GIE étaient en tête de gondole début mai », témoigne Jean-Christophe Crachereau. Responsable des expérimentations à la Chambre d'agriculture de la Gironde, il est aussi gérant de l'exploitation familiale (château Rozier-Morillons, 20 hectares à Donzac).

 

En un an, 775 000 bouteilles ont été écoulées, via le groupement, auprès d'une vingtaine de clients ; pour moitié à l'export, notamment en Chine. « Des quantités valorisées en bouteilles en moyenne à 40 % de mieux que les cours du vrac (environ 800 euros par tonneau de 900 litres). Ce qui aurait été le tarif si la transaction avait eu lieu par l'intermédiaire du négoce. La valeur ajoutée est restée à la propriété », se réjouit Renaud Jean.

 

« D'autant que notre action s'inscrit dans une démarche citoyenne : au-dessus de 2 euros HT prix départ, nous pouvons apposer sur l'étiquette notre logo Commerce équitable français, vigneron paysan, par ailleurs déposé à l'INPI (Institut national de la propriété industrielle) », précise Daniel Sanfourche, à la tête du château Loupiac-Gaudiet.

 

Si ce travail s'appuie sur nombre de bonnes volontés, il est envisagé de franchir un cap, si les ventes progressent, avec l'embauche d'un permanent en Gironde. Il sera rémunéré par un pourcentage des ventes reversé au GIE. En septembre, un jeune en VIE (volontariat international en entreprise) sera embauché à Londres (grâce à des aides) pour prospecter et aller plus loin que le marché « spot ».

César Compadre - Sud Ouest 17/05/2011

Par Fabrice CHAUDIER
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Jeudi 12 mai 2011 4 12 /05 /Mai /2011 16:15

Approche argumentative de la marque vins de Bordeaux

 

Bordeaux reste une grande marque qui possède un territoire d’image fort et repéré.

 

1.    Les éléments constitutifs de Bordeaux se résument en 8 mots :

·         Innovation : Bordeaux a inventé et formalisé le concept de qualité massifiée.

·         Prestige

·         Mythe : l’histoire passée se raconte au présent, avec chaque jour des informations nouvelles à diffuser (story telling)

·         Leader

·         Culture

·         Rêve et qualité, caractéristiques conjuguées dans le luxe

·         Diversité, choix

·         Grands crus : locomotive d’image.

Cependant, ces points clés avantages marketing n’accordent plus une part de marché automatique aux vins de Bordeaux. Ils ne représentent plus un rempart suffisant face au risque de banalisation qui menace de disparition les marques références, comme Frigidaire ou Sopalin.

 

2.    Le risque : l’utilisation de Bordeaux blend comme style de vin, qui désigne des produits de toute origine géographique.

 

3.    Les tendances de société inscrivent la nécessité de participer à son temps ; elles se centrent autour d’attentes lourdes :

·         Premium : la recherche de cœur et haut de gamme

·         L’humain : producteur, artisanat, nature, éthique, plaisir, culture

·         L’authenticité : passé réel ou imaginé, racines, tradition, créativité non passéiste, durable (marques Bonne Maman, Le Petit Marseillais)

·         Convivialité autour de 2 acteurs essentiels : les femmes et les jeunes, plus sensorielle

·         Apprentissage : s’éduquer, se cultiver, expérimenter mais sans technique. Cette expertise passe d’abord par l’emballage.

·         Easy drinking : goût, parfum, légèreté et santé, mode

 

4.    Bordeaux, style de vie : les bénéfices de la marque, axes de sa communication

·         Bordeaux n’a rien à inventer de nouveau mais à valoriser son potentiel produit/image pour se reconstruire de façon plus claire, face à la concurrence.

·         Bordeaux, vins d’aujourd’hui, contemporains

·         Bordeaux, mythe accessible, consommation exceptionnelle de gens normaux :


ART

Luxe absolu

EXPLORATION

Luxe démocratisé, vivant

FUN

Petit luxe quotidien

BASIC

Moderne, valorise

  

·         Les vrais Bordeaux naissent ici : plus légers, plus frais, plus subtils, plus digestes, moins sucrés, moins lourds que le Nouveau monde

·         Les marchés émergents résident plus dans le développement de la clientèle féminine qu’en Chine

·         Le positionnement et les valeurs prennent le pas sur le prix qui n’est pas le problème

 

VALEURS

Culture

Savoir-faire

Excellence

Authentique

Beauté des paysages (villes, villages, Châteaux)

POSITIONNEMENT

Les plus beaux vins du monde

Chaque bouteille est sublime, embellit les moyens de la vie

Terroir (hommes + climat + sol)

=

France (french way of life) depuis 2000 ans

Par Fabrice CHAUDIER
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